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samedi, 14 avril 2007

Le Sacre de l'Homme, ou le Mystère moderne

medium_sacre_homme_dvd.jpgAu Moyen Age, sur les parvis des églises, étaient mis en scènes les grands épisodes de l'Evangile.
C'était l'expression imagée de la foi ; Parole d'Evangile.
Aujourd'hui, la télévision a sans doute remplacé les parvis des églises.
Puisqu'elle est supposée être le reflet de notre société.
Mais l'articulation a changé. Ce n'est plus une articulation réglée par la foi en la parole révélée, mais en la science. La science moderne, scientiste à souhait.


Le parti prit de ce docu –fiction est très louable.
Présenter, par le biais de quatre histoires s’étalant sur 10.000 ans, le parcours d’homo sapiens.
L’idée de garder le même acteur pour incarner le personnage principal est séduisante, tout comme de prendre une lignée, Gaïa, comme fil conducteur.
Un seul homme pour les représenter tous, des fictions pour raconter de la façon la plus universelle et exprimer des événements auxquels tout le monde peut s’identifier, c’est simple, ludique, accessible au grand public.
Après tout, ce programme est diffusé à 20 h 50 sur France 2 : on est loin d’un élitiste papier scientifique...

Ce qui n’empêche pas de rechercher une stricte rigueur de réalisme.
Avec Jean Guilaine et Yves Coppens comme conseillers scientifiques, les reconstitutions de décors, maquillages, techniques, objets du quotidien...etc sont basés scrupuleusement sur les données acquises à ce jour par l’archéologie.
Le réalisme est poussé jusqu’à faire parler l’akkadien aux personnages !
Tout est crédible pour le regard.
On s’y croit, donc.
Mais on s’y croit, seulement.

Il y a dans ce docu-fiction un esprit étonnamment rousseauiste.
Le véritable héros, c’est le « bon sauvage », le nomade, le naïf, sympathique et honnête, simple et généreux, sans autre ambition que celle de poursuivre son bonhomme de chemin sans nuire à personne, et qui se heurte avec une candeur désenchantée aux coutumes structurées et absconses de l’homme sédentaire civilisé.

L’homme, en somme, perd son humanité en adoptant la structure sociale sédentaire.
Qui est donc ce premier homme à avoir eu l’idée, (la mauvaise idée), de poser une clôture sur un terrain et le revendiquer comme sien ?
La question posée par Rousseau résonne en arrière bande sonore du documentaire, qui a la prétention d’y répondre...et n’y répond pas, évidemment.

Certes, il y a la figurine de Gaïa, pendentif de déesse tutélaire, qui crée un lien de transmission, mais ce Sacre de l’Homme est fondamentalement ...désacralisé.
L’Homme proposé vit dans une nature qu’il ne maîtrise pas totalement (pas plus que nous au XXI ème siècle, d’ailleurs) mais surtout, elle ne lui fait pas peur ; elle n’agit pas sur lui avec une volonté propre.
Certes, on ne sait rien, ou pas grand-chose de l’émergence des cultes, des tabous, des rites, on ignore, ou les paléontologues sont en désaccord, sur la compréhension que l’homme du néolithique avait de son environnement, mais nier ces aspects fondamentaux du développement des sociétés humaines ne les rend pas accessibles !

Du bon sauvage, on passe à l’Emile : "Regardes bien la nature, mon enfant, sois empirique, explore, avance, fais un peu marcher ta cervelle, et tu comprendras."

On aura surtout compris que ce docu-fiction est pour les enfants.
Il en a toutes les composantes.

Il est outrageusement pédagogique.
Il est simple, simpliste même, libéré des considérations cosmogoniques qui ont accompagné l’évolution de l’être humain tout autant que l’agriculture ou l’écriture.

Pédagogique, et moralisateur.
L’équation qui sous tend « Le sacre de l’homme » est à dormir debout :
                                 homme + civilisation = perversion.

En accumulant des richesses, en construisant des villes de plus en plus gigantesques, en coupant le contact avec la nature jusqu’à oublier qu’elle pouvait être hostile, l’homme s’est perdu.

Le bon sauvage avait un Paradis, le citadin en a fait un Enfer.

C’est peut-être vrai, et on peut le déplorer, mais une telle perspective de raisonnement est contemporaine, et aux antipodes de l’objectivité scientifique.
Si l’on ambitionne de révéler 10.000 ans d’évolution, on se dispense du jugement et de la leçon de morale.
A moins que l’on ne s’adresse à un public compris entre 8 et 14 ans, qui a toute sa vie ensuite pour méditer sur l’origine et le devenir de l’Homme.

Alors, pourquoi présenter ce documentaire comme l’énoncé d’une vérité scientifique ? Pourquoi cette imposture ?

Comme au Moyen Age, le grand public prend argent comptant la vision que lui donne le détenteur de Vérité du moment : la parole d’Evangile est devenue parole Numérique, mais la foi, elle, est toujours la même.

 

Le site Officiel du Sacre de l'Homme

Commentaires

Je suis bien d'accord avec tout ce qui est écrit.
Les aspects moralisateurs et scientistes de ce documentaire sont très réducteurs.
Mais j'ai bien apprécié les histoires.

Yarlung

Ecrit par : Yarlung | samedi, 14 avril 2007

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