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lundi, 09 octobre 2006

Fadela Amara : refuser toutes les discriminations

medium_Fadela_Amara_Mouans_Sartoux_2_.gifFadela Amara, Présidente du Mouvement "Ni putes ni Soumises »  est intervenue lors du Festival du Livre de Mouans Sartoux, le 07 octobre 2006, dont le thème était cette année "Hommes, Femmes, en quête de liberté ".
C'est dire si elle y avait sa place.
En une vingtaine de minutes, elle a évoqué ses principaux chevaux de bataille, et dressé un profil éloquent de ses convictions.


Dans cet article, je commencerais par une synthèse des propos de Fadela Amara lors de cette trop courte interview, puis j’exposerai mon point de vue sur certaines revendications.

Le slogan « Ni putes ni soumises » parle déjà pour lui-même : farouchement féministe.
Mais pas seulement.
Refusant avec véhémence les cases et autres catégories, dans lesquelles il est si commode d’enfermer les individus, Fadela Amara se réclame avec fierté d’une double identité, celle de ses origines, algériennes, et celle de la culture  française. Elle n’hésite pas d’ailleurs à se déclarer « franchouillarde »,musulmane et laïque,  un mélange de qui étonne certains.
Pour elle, la culture française, c’est tout autant l’héritage des Lumières, que les valeurs de la République,celles de la Liberté, de l’Egalité, et de la Fraternité, rien que cela.
Et dès que l’on a touché à ces mots, on est au cœur des engagements de F.Amara.
Si sa cause est évidemment celle des jeunes filles et des femmes, elle soulève avec la même énergie les problématiques des banlieues, de la violence qui y sévit, de l’intégrisme musulman, (ce qu’elle appelleavec beaucoup de justesse « le fascisme vert »), des difficultés d’intégration des jeunes issus de l’immigration.

Elle rappelle en outre que dans les « quartiers » à forte présence de l’intégrisme religieux, le Front National réalise ses plus hauts scores.
Sur le manifeste de Ni putes ni soumises, la lutte contre les discriminations, toutes les discriminations,est inscrite comme un principe fondamental : "comment alors faire adhérer aux valeurs et idéaux de laRépublique ces jeunes qui sont exclus de la société qu’incarne cette même République ?"
A ces questions, on ne peut plus d’actualité, et qui seront au centre des débats pour la Présidentielle,Fadela Amara a des propositions : casser les ghettos, cesser de parquer les gens dans ces barres HLM inhumaines, et surtout, et peut-être pour commencer, refuser l’emploi des termes « racailles », qui stigmatisent l’ensemble de la jeunesse issue de l’immigration.

Pour autant, elle ne donne pas en aucun cas un blanc –seing à la violence des banlieues. Au contraire.
Aucune violence ne saurait être tolérée, et cela, rejoint tout naturellement la démarche de « Ni putes ni soumises » : quand la violence commence dès le foyer, c’est par là qu’il faut commencer la lutte.
Et Fadela Amara de s’en prendre à une certaine conception de la liberté, qui tenir à certains sociologues français des propos qu’elle ne peut accepter : « Il n’y a qu’une seule définition de la Liberté, dit elle, on ne peut accepter des pratiques telles que le mariage forcé, ou l’excision au nom du respect des autres cultures ».

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Il est un certain courant d’opinion qui s’insurge de voir dans les propos de « Ni putes ni soumises » une stigmatisation caricaturale du « jeune » magrébin, macho violent et violeur en puissance.
Mais c’est répondre par une caricature encore plus grossière aux revendications de ce mouvement admirable.

Je suis, pour ma part, très éloignée géographiquement des banlieues, et de la culture arabo-musulmane.
Je n’ai donc en aucun cas la compétence nécessaire pour m’aventurer sur la polémique du « problème des banlieues », mais je tiens à exprimer ma vision, et ce à l’aide d’un exemple, visuel, justement, celui des vidéo-clips.

Ces clips, et en priorité ceux de rap, (cette nuisance sonore), qui véhiculent une imagerie destinée à cette jeunesse des banlieues françaises (je ne parle évidemment pas des clips américains) présentent la femme comme une esclave sexuelle dévouée à la seule satisfaction de l’homme.
Comme dans n’importe quel film X pourrait-on m’objecter.
Certes, à la différence près que ces clips visent un très jeune public, celui des 11-15 ans, qui réceptif à ce que le petit écran leur renvoie comme vision du monde, y puisent un modèle consternant de rapports homme-femme.

Dans des esprits jeunes et malléables, l’amalgame est vite fait : une fille qui se met en valeur, qui est indépendante et libre n’est qu’une allumeuse disponible. Et l’engrenage infernal est amorcé.
A l’inverse de la « pute » pour rester dans le sujet, se trouve la « soumise », la fille voilée, qui atteint d’office le statut de respectabilité qui fera d’elle une mère en passe d’atteindre la sainteté (sans jeu de religion).

Le voile : comment peut-on justifier le port de ce chiffon en avançant l’incapacité des hommes à convoiter, voire tripoter les femmes dans la rue et les lieux publics ? C’est encore blâmer la femme pour exister : coupable d’être belle et désirable, elle doit être cachée, et son ventre, la matrice à pondre, protégé de la menace de la semence des autres hommes que son mari.

C’est cette oppression que « Ni putes ni soumises » dénonce, ce fossé entre la femme qui existe pour elle, et celle qui existe pour l’homme.
Qu’on ne s’y trompe pas ; il  n’y a pas si longtemps, en Occident, on raisonnait ainsi.
Fort heureusement, il y a eu une évolution des mentalités, mais il faut prendre garde à ne surtout pas régresser.
Hors, la culture misogyne, sexiste et homophobe d’un certain islam, de ce fascisme vert comme le qualifie Fadela Amara, pourrait mettre en péril ces acquis, durement gagnés par les Féministes des années 70.

En cela, la démarche de "Ni putes ni soumises" est essentielle : elle ne stigmatise rien ni personne.
Elle permet simplement de prendre, et donner la parole, aux jeunes filles des cités qui refusent les carcans.
Les garçons qui se sentent visés, et blessés, par un amalgame qu’ils rejettent sont certainement nombreux : à eux de prendre la parole pour le dire.
En attendant, "Ni putes ni soumises" énonce des réalités, et se bat pour la Liberté.

Il faut croire qu’en France, il est encore des gens pour qui la liberté pour tous et toutes dérange.

Texte : Isabelle-Rebecca Phillips
Photos:
Geneviève Mougins

Le site officiel de Ni putes ni soumises
Le Livre : "Ni putes ni soumises" de Fadela Amara Editions La Découverte.
A sortir prochainement, du même auteur : Les Racailles de la République.

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